Le devenir des églises désaffectées en France

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Le devenir des églises désaffectées en France

Conserver, reconvertir ou détruire : que faire des dizaines de milliers d’églises que la France a héritées, à mesure que la pratique recule et que les charges pèsent sur les communes ?

La France compte plusieurs dizaines de milliers d’édifices cultuels chrétiens — églises paroissiales, chapelles, temples —, dont une large part appartient aux communes. Ce patrimoine, constitué pour l’essentiel avant la loi de séparation des Églises et de l’État de 1905, est aujourd’hui confronté à un double mouvement : la baisse de la pratique religieuse, qui vide et fragilise nombre de lieux de culte, et le coût croissant de leur entretien pour des collectivités souvent rurales et peu peuplées. De cette tension naît une question devenue publique : que deviennent les églises quand elles ne sont plus, ou plus guère, le lieu d’un culte régulier ?

Parler de « devenir des églises » désigne l’ensemble des trajectoires possibles d’un édifice : sa conservation en l’état, sa restauration, sa protection au titre des monuments historiques, sa reconversion partielle ou totale à d’autres usages, sa mise en vente, et, dans les cas extrêmes, sa désaffectation cultuelle puis sa démolition. Ce dossier propose un cadrage documentaire et non confessionnel de ces enjeux, à la croisée du patrimoine, du droit et de l’aménagement des territoires.

Un colloque et ses actes

La question du devenir des églises a fait l’objet, ces dernières années, de rencontres réunissant élus, services du patrimoine, associations et chercheurs. Le colloque « Le devenir des églises », tenu les 4 et 5 octobre 2018, s’inscrit dans cette dynamique : il a rassemblé des retours d’expérience de communes confrontées à des édifices sous-utilisés ou en péril, et a donné lieu à des actes réunissant contributions et études de cas. Ces travaux ont contribué à faire circuler, entre acteurs de terrain, des repères méthodologiques sur l’entretien, la protection et la reconversion des lieux de culte.

L’intérêt de ces rencontres tient à leur caractère transversal : le devenir d’une église n’est jamais une seule question technique, mais l’articulation d’enjeux patrimoniaux, cultuels, financiers, symboliques et affectifs, propres à chaque commune et à chaque édifice.

Conserver, reconvertir ou démolir : trois voies

Conserver et protéger

La première voie est celle de la conservation. Un édifice peut être protégé au titre des monuments historiques — classement ou inscription —, ce qui encadre les travaux et ouvre l’accès à des dispositifs d’aide, mais impose aussi des obligations d’entretien. Nombre d’églises, sans être protégées, présentent un intérêt patrimonial, architectural ou mémoriel qui justifie leur maintien. La restauration, souvent coûteuse, mobilise alors la commune propriétaire, l’État par ses services (direction régionale des affaires culturelles, architecte des Bâtiments de France), des fondations et, de plus en plus, le mécénat et la souscription publique.

Reconvertir

La deuxième voie est la reconversion, totale ou partielle. Sans nécessairement mettre fin au culte, une église peut accueillir des usages complémentaires — concerts, expositions, activités associatives, lieux de mémoire — qui la maintiennent vivante et ouverte. Lorsque le culte a cessé, des reconversions plus profondes deviennent envisageables : équipements culturels, bibliothèques, salles polyvalentes, voire logements ou usages privés après vente. Ces projets soulèvent des questions délicates de respect de la dignité du lieu, d’acceptation par les habitants et de compatibilité entre l’usage nouveau et l’architecture. Les conseils d’architecture, d’urbanisme et de l’environnement (CAUE) accompagnent fréquemment les communes dans ces réflexions.

Démolir

La troisième voie, la démolition, demeure rare et encadrée, mais elle existe : elle concerne surtout des édifices récents, sans protection ni valeur patrimoniale reconnue, dont l’état ou le coût de mise en sécurité paraît disproportionné aux moyens de la commune. Chaque démolition d’église suscite des débats, à la mesure de la charge symbolique de ces bâtiments dans le paysage et la mémoire collective, bien au-delà du seul cercle des fidèles.

Cadre juridique et acteurs

Le statut des églises en France découle largement de la loi du 9 décembre 1905. Les édifices cultuels antérieurs à cette date et non revendiqués sont, pour la plupart, devenus propriété des communes (ou de l’État pour les cathédrales), tout en restant affectés gratuitement et de manière permanente au culte. Cette affectation cultuelle protège l’usage religieux : la commune propriétaire ne peut pas librement changer la destination de l’édifice tant qu’il est affecté au culte.

Faire évoluer l’usage d’une église suppose donc une procédure de désaffectation, associant la commune, l’affectataire (le desservant et l’autorité diocésaine pour le culte catholique) et le représentant de l’État. La désaffectation, une fois prononcée, ouvre la possibilité de nouveaux usages, de la vente ou, exceptionnellement, de la démolition. Autour de ces décisions gravitent de nombreux acteurs : maires et conseils municipaux, services patrimoniaux de l’État, architectes des Bâtiments de France, diocèses et associations diocésaines, CAUE, associations de sauvegarde du patrimoine et habitants attachés à « leur » église.

Fiches d’édifices

Les situations concrètes illustrent mieux que tout exposé la diversité du problème. Des travaux d’inventaire et de terrain ont documenté, notamment en Lorraine, plusieurs édifices représentatifs des cas de figure évoqués — de l’église paroissiale de village bien entretenue à celle qui cherche un second usage. Des communes comme Arnaville, Essey-et-Maizerais, Vandelainville ou Beaumont figurent parmi les exemples étudiés : petites paroisses rurales où la question de l’entretien, de la fréquentation et de l’avenir d’un édifice souvent ancien se pose de façon très concrète.

Chaque cas combine des paramètres propres : l’ancienneté et l’intérêt architectural de l’édifice, son état sanitaire, la taille et les moyens de la commune, la vitalité de la vie paroissiale, l’existence ou non d’une protection patrimoniale, et le degré d’attachement des habitants. C’est de cette combinaison, et non d’une règle unique, que dépend le devenir de chaque église.

Ressources et guides

Pour aider les élus, souvent démunis face à ces décisions, plusieurs guides pratiques ont été élaborés. Des ressources telles que « L’élu et son église » proposent des repères aux maires : comprendre le statut juridique de l’édifice, connaître les interlocuteurs, anticiper l’entretien, envisager la protection ou la reconversion, et conduire, le cas échéant, une procédure de désaffectation. Ces outils traduisent un besoin réel des communes rurales, qui portent la responsabilité d’un patrimoine considérable avec des moyens limités.

À ces guides s’ajoutent l’action d’observatoires et d’associations dédiées au patrimoine religieux, les travaux des services régionaux du patrimoine et les échanges d’expériences entre collectivités, qui constituent aujourd’hui un corpus utile pour toute commune confrontée à l’avenir de son église.

Le devenir des églises et les sciences des religions

Étudier le devenir des églises, ce n’est pas seulement traiter une question de patrimoine bâti : c’est observer, à travers la pierre, une transformation du fait religieux lui-même. La désaffection de certains lieux de culte, leur reconversion ou leur maintien disent quelque chose des recompositions du croire dans les sociétés sécularisées, de la place résiduelle ou renouvelée du religieux dans l’espace public, et du rapport des populations à un héritage à la fois religieux et civique. C’est à ce titre que la question trouve sa place dans une approche savante et non confessionnelle du fait religieux.

À lire aussi

Pour resituer ces édifices dans l’histoire longue de la tradition qui les a bâtis, voir Christianisme — origines, Bible et confessions, et le panorama des grandes traditions religieuses.

Repères — Loi du 9 décembre 1905 concernant la séparation des Églises et de l’État ; travaux sur le patrimoine cultuel des collectivités ; actes du colloque « Le devenir des églises » (2018). Notice de synthèse, à visée documentaire.