Samaritains — mont Garizim, Pentateuque et gardiens de la Torah

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Samaritains

Une petite communauté religieuse du Proche-Orient, héritière d’un ancien Israël du Nord, qui ne reconnaît pour Écriture que le Pentateuque et tient le mont Garizim, près de Naplouse, pour le lieu saint choisi par Dieu.

Qui sont les Samaritains ?

Les Samaritains forment l’une des plus petites et des plus anciennes communautés religieuses du monde. Ils se désignent eux-mêmes comme Shamerim, « les gardiens » — sous-entendu de la Loi —, et se considèrent comme les descendants directs des tribus israélites du Nord, en particulier d’Éphraïm et de Manassé, ainsi que d’une lignée sacerdotale issue de Lévi. Leur religion, le samaritanisme, est étroitement apparentée au judaïsme, avec lequel elle partage la foi en un Dieu unique, l’autorité de la Torah de Moïse et de nombreuses pratiques, mais elle s’en distingue sur des points fondamentaux, à commencer par le lieu du culte et l’étendue des Écritures reconnues.

Leur nom est surtout connu du grand public par les Évangiles chrétiens, et notamment par la parabole du « bon Samaritain ». Mais les Samaritains ne sont pas seulement une figure du passé : une communauté vivante d’un peu moins d’un millier de personnes perpétue aujourd’hui leur tradition, répartie entre le mont Garizim, en Cisjordanie, et la ville de Holon, près de Tel-Aviv.

Origines et histoire

Deux récits des origines

L’origine des Samaritains fait l’objet de récits divergents. La Bible hébraïque, au deuxième livre des Rois, rapporte qu’après la chute du royaume d’Israël et la prise de sa capitale, Samarie, par les Assyriens en 722-720 av. J.-C., des populations étrangères furent installées dans la région ; la tradition juive ancienne a souvent vu dans les Samaritains les descendants de ces colons, désignés comme Kouthim. Les Samaritains, de leur côté, affirment qu’ils descendent des Israélites restés sur leur terre et que c’est le culte de Jérusalem qui s’est écarté de la tradition originelle. Les historiens actuels considèrent que la séparation entre Samaritains et Juifs ne résulte pas d’un événement unique, mais d’un processus progressif de différenciation, qui s’étend sur plusieurs siècles.

Le temple du Garizim

Les fouilles archéologiques menées sur le mont Garizim ont mis au jour un vaste sanctuaire dont les premières phases remontent, selon les archéologues, à l’époque perse (Ve siècle av. J.-C.). Ce temple, concurrent de celui de Jérusalem, est détruit à la fin du IIe siècle av. J.-C. par le souverain hasmonéen Jean Hyrcan, épisode qui marque une étape décisive dans la rupture entre les deux communautés. Le Garizim n’en demeure pas moins, pour les Samaritains, le lieu saint par excellence.

De l’Antiquité à l’époque moderne

Dans l’Antiquité tardive, les Samaritains constituent une population nombreuse en Palestine, dotée d’une littérature et d’une liturgie propres ; une figure réformatrice, Baba Rabba, aurait réorganisé la communauté vers le IVe siècle. Les révoltes samaritaines contre l’Empire byzantin, aux Ve et VIe siècles, sont durement réprimées et entraînent un déclin démographique durable. Sous les dominations successives — arabe, croisée, mamelouke puis ottomane — la communauté se réduit à quelques centaines de personnes, concentrées principalement à Naplouse. Au XXe siècle, une partie des Samaritains s’installe à Holon, tandis que la communauté de Naplouse se regroupe dans le village de Kiryat Luza, sur le Garizim.

Croyances

Les quatre articles de foi

La foi samaritaine est souvent résumée en quatre articles : la croyance en un Dieu unique ; la reconnaissance de Moïse comme unique prophète et serviteur de Dieu ; l’autorité de la Torah, seule Écriture révélée ; et la sainteté du mont Garizim, lieu choisi par Dieu pour son culte. Un cinquième article est fréquemment ajouté : l’attente d’un jour de rétribution et de récompense, à la fin des temps.

Le Pentateuque samaritain

Les Samaritains ne reconnaissent comme Écriture que les cinq livres de la Torah, à l’exclusion des Prophètes et des Écrits qui complètent la Bible hébraïque juive. Leur version, appelée Pentateuque samaritain, est écrite dans un alphabet propre, dérivé de l’ancienne écriture paléo-hébraïque. Elle présente par rapport au texte massorétique juif plusieurs milliers de variantes, le plus souvent mineures, mais aussi quelques différences théologiques majeures, en particulier un commandement supplémentaire, ajouté au Décalogue, prescrivant d’élever un autel sur le mont Garizim. Les spécialistes de la critique textuelle accordent une grande importance à ce témoin ancien du texte biblique, dont certaines leçons rejoignent celles de manuscrits de Qumrân et de la Septante.

Le Taheb

L’eschatologie samaritaine attend la venue du Taheb, « celui qui revient » ou « celui qui restaure », figure prophétique souvent comprise comme un prophète semblable à Moïse, annoncé au livre du Deutéronome. Le Taheb doit, selon cette croyance, rétablir le culte véritable et ouvrir une ère de faveur divine.

Pratiques religieuses

La vie religieuse samaritaine suit strictement les prescriptions de la Torah, selon une interprétation propre à la communauté. Le sabbat y est observé avec rigueur. La principale fête est la Pâque, célébrée sur le mont Garizim, où les Samaritains sont les seuls au monde à pratiquer encore aujourd’hui le sacrifice de l’agneau pascal tel que décrit dans le livre de l’Exode ; la cérémonie attire chaque année de nombreux visiteurs. La communauté célèbre également la fête des Semaines, la fête des Tentes et le jour du Grand Pardon, et accomplit plusieurs pèlerinages annuels au sommet de la montagne.

La communauté est dirigée par un grand prêtre, assisté d’un collège de prêtres. Selon la tradition samaritaine, la lignée des grands prêtres issue directement d’Aaron s’est éteinte au XVIIe siècle et la fonction est depuis assurée par une famille lévitique. La liturgie, transmise oralement et par écrit, est récitée en hébreu samaritain et en araméen samaritain, langues liturgiques distinctes de l’arabe et de l’hébreu moderne parlés au quotidien.

Les Samaritains dans les textes chrétiens

Les Évangiles mentionnent les Samaritains à plusieurs reprises, dans un contexte marqué par l’hostilité entre Juifs et Samaritains. La parabole du « bon Samaritain », dans l’Évangile selon Luc, met en scène un Samaritain secourant un blessé délaissé par un prêtre et un lévite ; l’Évangile selon Jean rapporte la rencontre de Jésus avec une Samaritaine au puits de Jacob, où il est question du Garizim et de Jérusalem comme lieux de culte. Ces textes ont fait du mot « samaritain », dans de nombreuses langues européennes, un synonyme de bienfaiteur désintéressé — un sens dérivé qui doit être distingué de la communauté religieuse historique elle-même.

Une communauté aujourd’hui

Au début du XXe siècle, la communauté samaritaine ne comptait plus qu’environ 150 personnes. Elle a connu depuis une croissance lente mais continue et rassemble aujourd’hui un peu moins d’un millier de membres, répartis à parts à peu près égales entre Kiryat Luza, sur le Garizim, et Holon. Sa petite taille pose d’importants défis démographiques ; la communauté a accepté, au cours des dernières décennies, des mariages avec des femmes extérieures, juives ou chrétiennes notamment, à condition qu’elles adoptent pleinement la pratique samaritaine. Située entre l’Autorité palestinienne et Israël, elle entretient des relations avec les deux et compte des membres disposant de plusieurs citoyennetés.

Les Samaritains et les sciences des religions

Les Samaritains intéressent l’histoire des religions à plusieurs titres. Leur Pentateuque constitue un témoin essentiel pour l’histoire du texte biblique. Leur histoire éclaire la formation du judaïsme ancien, à une époque où plusieurs centres de culte yahwistes coexistaient et où la frontière entre communautés se construisait progressivement. Enfin, leur survie sur près de trois millénaires, en dépit d’une démographie très réduite, en fait un cas remarquable de continuité religieuse et communautaire, étudié aussi bien par les biblistes, les archéologues et les historiens que par les anthropologues.

Questions fréquentes

Les Samaritains sont-ils juifs ?

Non, au sens où ils ne se considèrent pas comme tels : ils se définissent comme Israélites, gardiens de la Torah, mais distincts des Juifs, dont ils rejettent le centre de culte, Jérusalem, et une partie des Écritures. Les deux traditions partagent néanmoins une origine commune et de nombreux points de doctrine et de pratique.

Combien y a-t-il de Samaritains ?

La communauté compte aujourd’hui un peu moins d’un millier de personnes, réparties entre le village de Kiryat Luza, sur le mont Garizim, et la ville israélienne de Holon. C’est l’une des plus petites communautés religieuses au monde.

Qu’est-ce que le Pentateuque samaritain ?

C’est la version samaritaine des cinq livres de Moïse, seule Écriture reconnue par la communauté. Écrite dans un alphabet dérivé du paléo-hébreu, elle diffère du texte massorétique juif par de nombreuses variantes, dont un commandement relatif au mont Garizim.

Pourquoi le mont Garizim est-il sacré ?

Pour les Samaritains, le Garizim est le lieu que Dieu a choisi pour son culte, conformément à leur lecture de la Torah. Un temple s’y élevait dans l’Antiquité, et la communauté y célèbre aujourd’hui encore la Pâque et ses pèlerinages.

Voir aussi

Pour situer les Samaritains parmi les traditions issues de l’ancien Israël et les minorités religieuses du Proche-Orient, voir le judaïsme, avec lequel ils partagent la Torah, le christianisme, dont les Évangiles évoquent la figure du Samaritain, le mandéisme, autre petite communauté religieuse ancienne de la région, ainsi que le panorama des grandes traditions religieuses.

Repères — Reinhard Pummer, The Samaritans: A Profile (Eerdmans, 2016) ; Alan D. Crown (dir.), The Samaritans (Mohr Siebeck, 1989) ; Dictionnaire des faits religieux (PUF) ; Encyclopædia Universalis. Notice de synthèse, à visée documentaire.