Caodaïsme — Œil divin, Tây Ninh et religion syncrétique du Viêt Nam

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Caodaïsme

Une religion syncrétique fondée au Viêt Nam en 1926, qui entend réunir bouddhisme, taoïsme, confucianisme, christianisme et culte des génies, et qui révère Dieu sous le symbole de l’Œil divin.

Qu’est-ce que le caodaïsme ?

Le caodaïsme, ou religion Cao Đài, est un mouvement religieux né dans le sud du Viêt Nam, alors Cochinchine sous administration coloniale française, au milieu des années 1920. Son nom complet, Đại Đạo Tam Kỳ Phổ Độ, peut se traduire par « Grande Voie de la troisième période de salut universel ». Le terme Cao Đài, littéralement « palais élevé » ou « tour suprême », désigne l’Être suprême, souvent présenté dans la doctrine comme le « Haut Palais » où siège Dieu.

Le caodaïsme se présente comme une synthèse et un accomplissement des grandes religions. Il revendique une révélation nouvelle, reçue par l’intermédiaire de séances médiumniques, et organise une Église hiérarchisée, dotée d’un clergé, d’un siège central et d’une liturgie quotidienne. Il est aujourd’hui considéré comme l’une des principales religions du Viêt Nam après le bouddhisme et le catholicisme, et compte des communautés dans la diaspora vietnamienne.

Origines

Les séances spirites des années 1920

Le caodaïsme naît dans un milieu de fonctionnaires et de lettrés vietnamiens de Cochinchine, familiers à la fois des traditions religieuses de l’Asie orientale et de la culture française. Au début des années 1920, des cercles se réunissent pour pratiquer des séances de communication avec les esprits, combinant la vieille pratique chinoise et vietnamienne de l’écriture médiumnique (cơ bút) et l’influence du spiritisme occidental, alors en vogue. La tradition caodaïste retient comme premier disciple Ngô Văn Chiêu, fonctionnaire de l’administration coloniale, qui aurait reçu dès 1921, sur l’île de Phú Quốc, la vision de l’Œil divin.

La fondation de 1926

En 1925-1926, d’autres messages reçus en séance désignent un petit groupe de disciples, parmi lesquels Lê Văn Trung, ancien membre du Conseil colonial, et Phạm Công Tắc, futur « Hộ Pháp » (protecteur de la Loi). La nouvelle religion est officiellement proclamée à l’automne 1926 par une déclaration adressée au gouverneur de la Cochinchine, puis inaugurée lors d’une grande cérémonie dans une pagode de la province de Tây Ninh. Son essor est très rapide : en quelques années, le caodaïsme rassemble des centaines de milliers de fidèles dans le sud du pays.

Divisions et histoire politique

Dès la fin des années 1920, le mouvement se divise en plusieurs branches, dont la plus importante reste celle du Saint-Siège de Tây Ninh. Au cours de la période de la guerre d’Indochine puis de la guerre du Viêt Nam, le caodaïsme joue un rôle politique et même militaire notable dans le Sud, ce qui lui vaut à la fois influence et méfiance de la part des pouvoirs successifs. Après 1975, l’Église caodaïste connaît de fortes restrictions, avant d’être officiellement reconnue par les autorités vietnamiennes au cours des années 1990, dans un cadre strictement encadré par l’État.

Croyances

L’Œil divin et l’Être suprême

Le caodaïsme professe la foi en un Dieu unique, créateur et père de l’univers, désigné sous les noms de Cao Đài ou de « Ngọc Hoàng Thượng Đế » (l’Empereur de Jade). Il est représenté par un œil gauche, entouré de rayons et souvent placé dans un globe ou un triangle : l’Œil divin (Thiên Nhãn), qui domine les autels caodaïstes. La doctrine accorde aussi une place importante à une figure féminine, la Mère divine, associée à la création des êtres.

Les trois périodes du salut

Selon la théologie caodaïste, l’humanité a connu deux grandes périodes de révélation, au cours desquelles Dieu s’est manifesté à travers les fondateurs des grandes traditions — Bouddha, Laozi, Confucius, Jésus, ou encore les figures du culte des génies. Le caodaïsme se présente comme la « troisième période », celle d’une révélation directe par l’intermédiaire des esprits, destinée à réunir les religions dispersées en une seule Grande Voie. La doctrine distingue en outre « cinq voies » — humaine, des génies, des saints, des immortels et des bouddhas — correspondant à des degrés d’élévation spirituelle.

Éthique et vie spirituelle

L’enseignement moral emprunte largement aux traditions de l’Asie orientale : respect des devoirs familiaux et sociaux d’inspiration confucéenne, préceptes bouddhiques, notamment l’interdiction de tuer, recherche taoïste de l’harmonie intérieure. Les fidèles croient au karma et à la réincarnation, et visent la libération du cycle des renaissances. Le végétarisme est pratiqué régulièrement, de façon totale pour le clergé et à certaines dates pour les laïcs.

Saints et figures vénérées

Le panthéon caodaïste rassemble des figures issues de nombreuses traditions, honorées comme des intermédiaires ou des messagers de l’Être suprême. Aux côtés du Bouddha, de Laozi, de Confucius et de Jésus, il intègre des personnages de l’histoire asiatique et européenne, considérés comme des esprits ayant communiqué avec les fondateurs. Le plus célèbre est l’écrivain Victor Hugo, présenté comme le chef spirituel de la mission extérieure du caodaïsme ; une fresque du Saint-Siège de Tây Ninh le représente avec Sun Yat-sen et le lettré vietnamien Nguyễn Bỉnh Khiêm, inscrivant un pacte d’alliance entre Dieu et l’humanité. Cette présence d’auteurs européens, souvent remarquée par les visiteurs, témoigne du contexte franco-vietnamien de la naissance du mouvement.

Organisation et culte

Une Église hiérarchisée

La branche de Tây Ninh s’est dotée d’une organisation ecclésiastique élaborée, distinguant un pouvoir exécutif, dirigé par un « pape » (Giáo Tông), un pouvoir législatif, confié au Hộ Pháp, et un corps de dignitaires, cardinaux, archevêques, évêques et prêtres. Cette structure, inspirée en partie du modèle catholique, est l’un des traits singuliers du caodaïsme parmi les religions d’Asie. Les femmes peuvent accéder à la prêtrise, dans une hiérarchie propre.

Le Saint-Siège de Tây Ninh

Le Saint-Siège de Tây Ninh, achevé au milieu des années 1950, est le principal temple caodaïste. Son architecture colorée mêle éléments de pagode, de cathédrale et de motifs symboliques — colonnes ornées de dragons, voûte étoilée, globe surmonté de l’Œil divin. Les fidèles y célèbrent, comme dans les temples locaux, quatre offices quotidiens (à 6 h, midi, 18 h et minuit), composés de prières chantées, d’offrandes de fleurs, de fruits, de thé et d’encens, et de prosternations. Les séances médiumniques, longtemps essentielles à la production des textes doctrinaux, ont été officiellement suspendues dans la branche de Tây Ninh au XXe siècle.

Répartition

Le caodaïsme est implanté principalement dans le sud du Viêt Nam, en particulier dans la province de Tây Ninh et le delta du Mékong. Le nombre de fidèles fait l’objet d’estimations très variables : les données officielles vietnamiennes recensent quelques centaines de milliers à un peu plus d’un million de fidèles selon les sources et les méthodes, tandis que d’autres estimations, incluant les sympathisants, avancent des chiffres plus élevés. Une diaspora caodaïste s’est constituée après 1975, notamment aux États-Unis, au Canada, en Australie et en France.

Le caodaïsme et les sciences des religions

Pour l’histoire des religions, le caodaïsme est un exemple remarquable de nouveau mouvement religieux né en contexte colonial. Il permet d’étudier la manière dont des traditions asiatiques anciennes — culte des génies, écriture médiumnique, syncrétisme des « trois enseignements » — ont été recomposées au contact du spiritisme et du christianisme européens pour produire une religion universaliste. Les chercheurs y analysent aussi le rôle des élites lettrées coloniales, les liens entre religion et nationalisme vietnamien, la place de la médiumnité dans l’autorité religieuse, et la transformation du mouvement en religion transnationale dans la diaspora.

Questions fréquentes

Que signifie « Cao Đài » ?

« Cao Đài » signifie littéralement « haut palais » ou « tour élevée ». Le terme désigne l’Être suprême de la religion, représenté par l’Œil divin, et a donné son nom au caodaïsme.

Pourquoi Victor Hugo est-il vénéré par les caodaïstes ?

Selon la tradition caodaïste, l’esprit de Victor Hugo se serait manifesté lors de séances médiumniques et aurait été désigné comme chef de la mission extérieure de la religion. Il figure parmi les saints honorés, avec Sun Yat-sen et Nguyễn Bỉnh Khiêm.

Le caodaïsme est-il une forme de bouddhisme ?

Non. Le caodaïsme reprend des éléments du bouddhisme, comme la réincarnation ou le végétarisme, mais il se présente comme une religion distincte, qui entend réunir et accomplir plusieurs traditions — bouddhisme, taoïsme, confucianisme, christianisme et culte des génies.

Où se trouve le centre du caodaïsme ?

Le principal centre est le Saint-Siège de Tây Ninh, au nord-ouest de Hô Chi Minh-Ville, siège de la branche la plus importante du mouvement et lieu de culte le plus visité par les fidèles et les visiteurs.

Voir aussi

Pour situer le caodaïsme parmi les traditions de l’Asie orientale et les religions universalistes modernes, voir les traditions chinoises et leurs « trois enseignements », les bouddhismes, la foi bahá’íe, autre religion à vocation unificatrice, l’ésotérisme occidental et le spiritisme dont il a reçu l’influence, ainsi que le panorama des grandes traditions religieuses.

Repères — Janet Alison Hoskins, The Divine Eye and the Diaspora: Vietnamese Syncretism Becomes Transpacific Caodaism (University of Hawai‘i Press, 2015) ; Jérémy Jammes, Les Oracles du Cao Đài (Les Indes savantes, 2014) ; Dictionnaire des faits religieux (PUF) ; Encyclopædia Universalis. Notice de synthèse, à visée documentaire.